Dans le studio de Vanakkam Réunion Radio, pour la dernière émission Gou d'Sel de l’année, Josie Virin recevait le groupe Cimendef, avec des membres qui ont participé à des ateliers artistiques qu'elle animait dans les années 1990 au Collège Bédier à Saint-André. Ateliers de théâtre et de chant où intervenait Serge Sinamalé (1940 - 2008), passeur de mémoire et de maloya. Un partage radio qui prend un relief particulier à l’approche du 20 décembre.
Dès les premières minutes, l’évocation de Serge Sinamalé s’impose comme un fil conducteur. Sa devise, « rechercher son âme, c’est rechercher son identité », revient dans les échanges comme un repère fondateur. Pour Moïse Laravine, Président du groupe, cet héritage n’est pas seulement musical : Il est éducatif, social et repose sur des liens durables.
« Nou lé bann zanfan la kour», rappelant que le maloya s’est transmis autant par les ateliers artistiques que par les rencontres décisives avec les Zarboutan.
Les parcours racontés dans l’émission témoignent de cette continuité. Moïse évoque son enfance à Saint-André, ses années d’école « un pied dedans, un pied dehors »,
les choix imposés par les professeurs, les détours par l’animation culturelle ou les pompes funèbres. Laurence Brigitte raconte un chemin similaire, entre engagement social et fidélité à la musique. Au chœurs Jessy Ferrere, dans le groupe, depuis plus de trente ans, elle se souvient de sa rencontre avec Serge Sinamalé « comme d’un appel », un moment qui a orienté toute sa vie. Quant à Nono Arhimann, il décrit une transmission presque instinctive :
« L’instruman lé pozé partou dan la kaz, kom tout marmay mon marmay i marsh kat pat, roulèr la aid a li lévé ».
Au fil des partages, une évidence revient : le maloya n’est pas seulement un genre musical, mais un espace de construction personnelle.
« Le maloya i rouv l’espri, pou konèt a nou vréman ». Tous insistent sur la liberté laissée aux jeunes : « Nou inpoz pa, nou monte somin. Shakinn i suiv son parkour. »
Cette conception du maloya comme outil d’émancipation résonne avec la date du 20 décembre. Dans les récits des artistes, la liberté n’est pas un concept abstrait : elle se vit dans la transmission, dans la possibilité d’exister, dans la reconnaissance d’une histoire longtemps marginalisée.
Les membres de Cimendef mènent leur parcours artistique en parallèle de leurs engagements professionnels. Ils travaillent dans l’animation, le handicap, l’accompagnement des familles. Leur engagement professionnel nourrit leur pratique artistique. « L’humain est important », rappelle Jessy Ferrere, aujourd’hui coordinatrice au pôle handicap de Saint-André. « Quand j’en avais besoin, on m’a tendu la main. Maintenant, c’est à moi de tendre la main. »
Cette dimension sociale, profondément ancrée dans leur parcours, renforce la portée de leur présence à l’antenne. À travers leurs voix, c’est une vision du maloya comme outil de solidarité et de cohésion qui s’exprime.
À l’approche du 20 décembre, leurs mots prennent une résonance particulière. Ils rappellent que la liberté n’est pas un héritage figé, mais un mouvement continu, porté par les générations successives. « L’amour dans toute sa globalité », pour résumer ce que le maloya doit transmettre. Une formule simple, mais qui dit l’essentiel.
Dans le studio de Vanakkam Réunion Radio, Cimendef mené par son leader Moïse, a rappelé que le maloya est une mémoire vivante, un espace où se croisent les histoires individuelles et l’histoire collective. À l’approche du 20 décembre, leurs voix rappellent que la liberté se cultive, se partage et se transmet, comme une flamme que chaque génération ravive à sa manière.